En Europe, on a la montre. Au Bled, on a le temps.

Chaque été ou presque, je recommence la même chose. Je me dis que cette fois, je vais rentrer au bled pour souffler, prendre mon temps, arrêter de courir. Et puis, quelques jours avant le départ, je me retrouve avec un planning qui ressemble davantage à un agenda de ministre qu’à des vacances. Le plus drôle, c’est que je sais déjà comment ça va finir.

Le dragoman n’a pas disparu : il est peut-être assis à votre table de famille

Je faisais des recherches sur les dragomans de Tanger au XIXe siècle, ces interprètes des consulats et légations qui faisaient passer mots et codes d’un monde à l’autre. Je lisais notamment Morocco, Its People and Places d’Edmondo De Amicis, récit de son voyage de 1875, quand m’est revenue la terrasse d’Aïn Chock, chez Mmi Fettouma, ma grand-mère.

Je cherchais une batterie nomade pour mon van : j’ai trouvé le Maroc au cœur d’une bataille industrielle

Avec mon fils, je voulais simplement rendre notre van assez autonome pour un road trip au Maroc. Frigo, lumières, ordinateurs, matériel vidéo : rien qui ressemble à une enquête économique. Puis je suis tombé sur trois lettres, LFP. Le « P » signifie phosphate. Je cherchais une batterie pour aller au Maroc ; je retrouvais le Maroc dans la batterie. Derrière cet objet banal s’ouvrait une chaîne industrielle où se croisent Chine, Europe, minerais, chimie, usines et savoir-faire — avec une question au bout : quelle part de la valeur le Maroc peut-il vraiment garder ?