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À la recherche de Sijilmassa : le grand port du Sahara disparu dans l’oasis

Sijilmassa… ça veut dire quoi, ça ?

Comme cela m’arrive souvent à mes heures perdues, je flânais sur Google Maps. Pas forcément pour aller quelque part. J’aime suivre une route qui s’enfonce dans une vallée, remonter le lit d’un oued, m’arrêter sur le nom d’un village et chercher ce qu’il veut dire. Au Maroc, les noms de lieux sont souvent des morceaux de paysage restés accrochés aux mots. Une forme, une couleur, une source, une montagne, parfois une partie du corps humain parce qu’une vallée ressemble à une bouche, une colline à une tête, un passage à une épaule.

Et puis un nom m’a arrêté : Sijilmassa.

Il y avait déjà ce « Massa » qui me faisait penser au Souss-Massa. Aucun rapport démontré entre les deux, mais c’est exactement comme ça que commence souvent une recherche : par une association un peu bancale qui donne envie d’aller vérifier.

En cherchant, je suis tombé sur une piste proposée en 1984 par l’historien Larbi Mezzine. Il décompose le toponyme en éléments amazighs, ssigg + ilmas, avec l’idée de « dominer les eaux » ou d’un « lieu dominant les eaux ». Les linguistes restent prudents : l’étymologie est séduisante, peut-être juste, mais elle n’est pas démontrée. Sauf qu’une fois cette hypothèse en tête, impossible de ne pas regarder la carte autrement.

Parce qu’autour de Sijilmassa, tout ramène à l’eau.

Je zoome. Je regarde le Ziz, les palmeraies, Rissani, les pistes, les routes. Et une deuxième question arrive presque aussitôt : où est la ville ?

Les textes parlent d’une métropole, d’un grand carrefour du commerce transsaharien, d’un lieu où circulaient l’or, les hommes, les marchandises et les monnaies. Mais sur l’écran, pas de médina immense, pas de remparts qui ferment l’horizon, pas de silhouette comparable à Fès ou Marrakech. Sijilmassa est là, et pourtant elle semble avoir disparu.

C’est précisément à ce moment-là que la recherche devient une enquête.

Pour comprendre le vert, il faut avoir vu le désert

L’année dernière, je suis passé par cette région avec mon fils. Notre destination, c’était Merzouga. Lui voulait voir le pays de son père autrement que par les histoires que je pouvais lui raconter, et nous, soyons clairs, nous attendions surtout la star du désert : la dune.

Les dunes, les palmiers, les chameaux… tout l’imaginaire y était.

En février, en arrivant depuis l’Europe, ce qui frappe d’abord, c’est la lumière : un ciel bleu presque insolent, les terres ocre, l’air sec, les contrastes. On comprend pourquoi cette région a attiré le cinéma.

Puis on avance, et quelque chose devient plus important que le spectacle.

Dans un milieu aussi minéral, le moindre vert change de valeur.

Une rangée de palmiers n’est plus seulement jolie. Un ruban de végétation n’est plus un décor. Un filet d’eau, une zone cultivée, quelques arbres disent immédiatement : ici, on peut vivre.

Et c’est là qu’on comprend physiquement ce que les livres expliquent moins bien : ici, l’eau décide presque de tout. Elle conditionne l’installation, l’habitat, les rythmes de vie, l’agriculture et les déplacements.

Alors imaginez il y a mille ans.

Le Tafilalt n’est pas Sijilmassa, et Rissani n’est pas Sijilmassa rebaptisée. Le Tafilalt est le grand territoire oasien ; Sijilmassa fut l’une de ses grandes villes historiques ; Rissani est aujourd’hui le centre urbain voisin.

Sur le terrain, l’ancienne métropole est devenue un paysage archéologique. Les recherches de Chloé Capel décrivent un tell principal d’environ 130 hectares. Un ordre de grandeur considérable, mais à manier avec précaution : cela ne veut pas dire que 130 hectares étaient entièrement bâtis et occupés au même moment. Sijilmassa a changé de forme pendant des siècles.

Ce que je voyais sur place comme une alternance de désert, d’eau, de palmeraies et d’habitats devenait, après le voyage et les lectures, la première clé de la ville.

Le Sahara de mon enfance avait une lune énorme

Quand j’étais enfant, le Sahara ressemblait probablement à celui de beaucoup d’enfants : des tableaux accrochés dans les salons, des silhouettes de caravanes sous une lune gigantesque, des palmiers noirs devant un coucher de soleil, les Mille et Une Nuits passées par le filtre d’Hollywood.

La caravane, c’était une belle image.

On ne voyait pas les comptes, les réserves d’eau, les animaux qu’il fallait nourrir, les guides, les risques, l’attente de la bonne saison ou les journées de marche qui séparaient deux points d’eau.

Il m’a fallu m’intéresser à Sijilmassa pour regarder cette image autrement.

Une caravane transsaharienne était une entreprise logistique. Dromadaires, vivres, eau, marchandises, guides, capitaux, partenaires, ravitaillement : au bout ou au début de la traversée, il fallait une ville capable d’absorber tout cela.

C’est là que l’expression « port du Sahara » devient intéressante.

Sijilmassa n’avait évidemment ni quai ni navire. Mais elle remplissait certaines fonctions d’un grand port : rupture de charge, préparation des départs, stockage, marché, change, ravitaillement, concentration d’informations et de capitaux. Elle reliait les routes sahariennes aux marchés du Maghreb et, au-delà, aux circuits méditerranéens.

Et le Sahara n’était pas une ligne vide séparant un Nord actif d’un Sud fournisseur d’or. Royaumes du Sahel, communautés sahariennes et marchands étaient des acteurs à part entière.

Sijilmassa était l’un des endroits où ces mondes se rencontraient.

Le Maroc et le Tafilalt sur une carte de Johann Baptist Homann publiée en 1728. Sijilmassa y apparaît sous la forme « Segelmesse ».

Les dattes arrivaient « du Sud »

Chez nous, les dattes faisaient partie de ces choses dont on ne demandait pas forcément l’origine précise.

Pendant le Ramadan, elles arrivaient souvent par les transporteurs qui remontaient du Sud. Mes grands-parents en recevaient ou en ramenaient. Sinon, il y avait Derb Omar, juste derrière chez mes parents à Casablanca, où l’on pouvait aller en acheter pour le Ramadan ou les fêtes.

Pour l’enfant que j’étais, elles venaient simplement « du Sud ». Cela suffisait.

Aujourd’hui, quand je regarde une palmeraie du Tafilalt, cette banalité prend une autre dimension.

Je ne vais évidemment pas prétendre que les dattes de notre table venaient de Sijilmassa, encore moins que les palmiers actuels sont ceux qui nourrissaient les caravanes médiévales. Ce serait une jolie histoire, mais ce ne serait pas de l’histoire.

En revanche, les recherches montrent bien que l’agriculture oasienne était l’un des piliers de la région. Pour qu’une métropole existe ici, il fallait produire. Nourrir ses habitants, les voyageurs, les animaux. Entretenir des jardins, des cultures, des réserves. Transformer une eau irrégulière en ressource utilisable.

Les études sur le Ziz montrent que le paysage hydraulique du Tafilalt est largement aménagé : dérivations, canalisations, partage de l’eau, ouvrages repris au fil des siècles. Les chiffres très précis sur la longueur des canaux médiévaux restent discutés. Ce qui est sûr est déjà impressionnant : l’oasis était aussi une construction humaine.

Même le sel, souvent résumé dans l’image du « sel contre l’or », raconte quelque chose de plus complexe. Il existait des ressources salines dans le Tafilalt et les routes sahariennes apportaient aussi du sel de gisements plus lointains. Commerce, conservation, alimentation, élevage : derrière l’or, on retrouve encore la logistique.

Sijilmassa ne vivait donc pas simplement du passage des caravanes. Elle disposait de sa propre base productive : agriculture, ressources locales, artisanat, activités minières possibles dans son environnement, céramique, construction, travail des matières.

L’or a fait sa réputation.

L’eau, la terre et le travail ont rendu cette réputation possible.

Là où il y a de l’eau et des routes, quelqu’un finit par organiser le passage

Quand je regarde Google Maps, je reviens souvent à deux choses : les cours d’eau et les routes.

Si des hommes passent régulièrement quelque part, c’est qu’il y a une raison. Si des hommes s’installent durablement dans une région aride, l’eau n’est jamais loin de l’explication. Et si les routes convergent vers un même lieu pendant des siècles, alors la question du pouvoir finit forcément par arriver.

Qui organise ? Qui protège ? Qui prélève ? Qui entretient les infrastructures ? Qui contrôle les échanges ?

C’est là que Sijilmassa change de dimension.

La tradition historiographique situe sa fondation politique vers 757-758. Les récits associent ses débuts à des groupes Miknasa, à un milieu kharijite sufrite et à un premier dirigeant généralement nommé ‘Isa ibn Yazid al-Aswad, avant l’installation durable des Banû Midrar.

Mais il faut éviter l’image d’une ville surgissant toute faite du désert à une date précise.

L’archéologie montre que le Tafilalt était occupé auparavant et que la formation de Sijilmassa semble avoir été progressive. Les travaux de Chloé Capel et Abdallah Fili distinguent la naissance d’une communauté politique, la fixation d’un pouvoir dynastique puis la construction d’un véritable centre urbain. Le règne d’Abu al-Muntasir al-Yasa’, au tournant des VIIIe et IXe siècles, apparaît comme une étape importante de cette consolidation.

Les campagnes 2024-2025 ont attribué les phases anciennes du grand complexe religieux à cette période, avant des transformations ultérieures.

Sijilmassa n’est donc pas seulement une ville placée au bon endroit. C’est un emplacement stratégique transformé en système : eau organisée, oasis productive, institutions, marchés, routes, monnaie.

Et lorsque tout cela fonctionne ensemble, le désert cesse d’être une périphérie. Il devient un axe.

On connaissait son or avant de retrouver l’endroit où on le travaillait

C’est probablement la découverte qui m’a le plus donné l’impression de voir Sijilmassa sortir du sol.

Pendant longtemps, on connaissait la ville à travers ses monnaies. La numismatique montre qu’elle fut un atelier de frappe majeur. La plus ancienne émission d’or de Sijilmassa aujourd’hui inventoriée date de 923-924, sous administration fatimide. Les Midrarides frappent eux aussi de l’or au Xe siècle, et la fonction monétaire de la ville se poursuit sous plusieurs pouvoirs.

Les pièces existaient.

Le nom de Sijilmassa existait.

Mais le lieu de production, lui, restait presque fantomatique.

Puis les campagnes 2024-2025 de l’INSAP ont annoncé la découverte, près de la grande mosquée, d’un fragment de moule en céramique destiné à préparer des flans monétaires. Des résidus d’or auraient été observés dans ses cavités.

Ce n’est pas encore l’hôtel des monnaies retrouvé avec son plan et ses ateliers. Mais l’objet change quelque chose : pour la première fois, un indice matériel direct de la production monétaire apparaît sur le site même.

Dinar d’or midraride de Muhammad ibn al-Fath, 933–958, frappé dans l’atelier non nommé identifié comme Sijilmasa.

C’est presque une scène de cinéma à l’envers.

Pendant des siècles, l’or de Sijilmassa s’est dispersé très loin. Et aujourd’hui, pour comprendre cette richesse, on revient à un petit morceau de céramique resté dans la terre.

La monnaie dit aussi autre chose : le commerce ne fonctionne pas seulement avec des marchandises. Il fonctionne avec de la confiance.

Au Xe siècle, le géographe Ibn Hawqal rapporte l’existence d’une reconnaissance de dette de 42 000 dinars entre des partenaires liés à Awdaghust et Sijilmassa. Le chiffre est spectaculaire, mais l’essentiel est ailleurs : on pouvait garantir à distance des opérations de très grande valeur.

Le désert n’empêchait donc pas la finance.

Il obligeait à inventer des formes de confiance capables de traverser la distance.

Plus je cherchais la ville, moins je trouvais une ville entière

À ce stade de mes recherches, j’avais pourtant toujours le même problème.

Je comprenais mieux pourquoi Sijilmassa avait été riche. Je comprenais mieux ses routes, son eau, son agriculture, sa monnaie.

Mais à quoi ressemblait-elle ?

C’est la question la plus simple et peut-être la plus frustrante.

Le tell principal couvre environ 130 hectares selon les recherches de référence, mais toutes les zones ne sont pas contemporaines ni occupées avec la même densité. Les fouilles montrent des murs, des maisons à cour, des secteurs hydrauliques, des décors de plâtre, des espaces religieux, des zones de stockage. Elles donnent des morceaux de ville, pas encore une ville entière.

Les campagnes 2024-2025 ont particulièrement éclairé le grand complexe religieux. L’INSAP évoque un ensemble d’environ 2 620 m², avec plusieurs phases successives. Des fragments de plâtre sculpté ont été découverts dans des niveaux anciens ; des éléments de bois peint apparaissent dans des contextes plus tardifs liés à une madrasa. Un quartier alaouite de douze maisons, organisé autour de patios et d’espaces de stockage, a également été mis au jour.

Et puis il y a les portes.

Dans un entretien de Radio Maarif, l’archéologue Abdallah Fili raconte qu’au dernier jour d’un diagnostic mené en 2021, les fouilleurs auraient identifié une porte de la ville. Le récit oral évoque deux tours et un dispositif d’entrée complexe. Le rapport complet n’étant pas librement accessible, ces détails doivent rester attribués au témoignage des fouilleurs.

Depuis, les campagnes 2024-2025 ont elles aussi annoncé un accès monumental flanqué de deux tours dans le secteur de la grande mosquée. Rien ne permet de fusionner automatiquement les deux épisodes.

Et comme si Sijilmassa voulait compliquer encore le jeu, une grande porte en terre visible au nord de Rissani est souvent présentée en photo comme « la porte de Sijilmassa ». Elle est généralement associée à Bab al-Mansouriya.

Sauf qu’un monument visible n’est pas automatiquement la porte que l’on cherche.

Les chercheurs discutent la relation entre Mansouria, des occupations plus tardives et la Sijilmassa médiévale. La porte visible ne doit donc pas devenir, par facilité, la porte originelle de la ville.

L’archéologie devient ici une leçon de modestie.

Je voudrais pouvoir vous dire : le marché était ici, les caravanes entraient par là, la grande enceinte passait exactement à cet endroit. Ce serait confortable.

Mais Sijilmassa refuse encore ce dessin trop propre.

Chaque fouille ouvre une fenêtre. Pas toute la maison.

Comment l’eau, l’oasis, la production, la ville et les réseaux caravaniers ont fait de Sijilmassa un « port du Sahara ».
Cliquez pour agrandir et explorer les détails.

Comment une ville pareille peut-elle presque disparaître ?

Une fois que l’on commence à saisir sa puissance, la question devient inévitable.

Comment une métropole capable d’organiser une oasis, de frapper de l’or et de connecter le Maghreb au Sahara et au Sahel peut-elle devenir si difficile à voir ?

La réponse la plus honnête est qu’elle ne disparaît probablement jamais d’un seul coup.

À la fin du XIVe siècle, certaines zones du grand site sont déjà abandonnées. L’emprise urbaine se contracte. Des routes commerciales se redéploient, notamment vers le Touat et Tlemcen. Les équilibres politiques changent. Les contraintes hydrauliques et l’entretien d’un système aussi complexe peuvent également peser. Plus tard, les circulations atlantiques modifient encore l’environnement économique.

La formule « la caravelle a tué la caravane » est séduisante, mais beaucoup trop simple.

Les réseaux transsahariens continuent à fonctionner et à se transformer. Et surtout, les habitants ne disparaissent pas avec les murs.

C’est peut-être l’une des découvertes les plus intéressantes des fouilles récentes : le quartier alaouite de douze maisons daté des XVIIe-XVIIIe siècles montre que certaines parties du site restent ou redeviennent des lieux de vie bien après la grande contraction médiévale.

La ville change de forme. Les populations se redistribuent dans les ksour et les établissements de l’oasis. Des fonctions se déplacent.

À la fin du XIXe siècle, le voyageur britannique Walter B. Harris traverse le Tafilalt et décrit encore de vastes ruines près du Ziz. Son témoignage doit être lu comme celui d’un voyageur de son époque, avec ses approximations. Mais il saisit quelque chose : Sijilmassa n’est déjà plus une ville que l’on peut embrasser par son plan. Elle est devenue un paysage de vestiges au milieu d’un territoire toujours habité.

La ville s’efface.

La vie, elle, continue.

Je reviens sur la carte, mais ce n’est plus la même carte

C’est ce qui me dérange le plus dans cette histoire.

Pas que Sijilmassa soit en ruines. Toutes les villes changent, certaines disparaissent, d’autres se reconstruisent sur elles-mêmes.

Ce qui me dérange, c’est qu’un lieu qui a compté à ce point dans l’histoire du Maroc puisse être aussi peu présent dans notre imaginaire collectif.

Après mon retour du Tafilalt, j’ai continué à écouter les podcasts, notamment ceux de Radio Maarif, à lire, à chercher. Et plus j’avançais, plus la ville devenait immense.

Les fouilles commencent dans les années 1970. Entre 1988 et 1998, le Moroccan-American Project at Sijilmasa de Ronald Messier accumule une documentation majeure. Chloé Capel en réexaminera une partie avec de nouvelles prospections entre 2011 et 2013. Des missions maroco-françaises reprennent aussi les recherches, puis les campagnes 2024-2025 de l’INSAP changent d’échelle : près de 9 000 m² fouillés selon les résultats communiqués.

Neuf mille mètres carrés, cela paraît énorme.

Rapportés à un site de cette ampleur et à plus d’un millénaire de transformations, ce ne sont encore que quelques fenêtres ouvertes dans le sol.

Et c’est peut-être là que Sijilmassa nous dit quelque chose qui dépasse Sijilmassa.

Chercher notre histoire ne devrait pas servir à fabriquer une identité plus pure, plus simple ou plus fermée. C’est presque l’inverse.

Plus on fouille, plus le Maroc apparaît comme ce qu’il a toujours été : un carrefour.

Un socle amazigh enraciné dans ses territoires, traversé par le Sahara, relié au Sahel, au Maghreb et à la Méditerranée. Dynasties, marchands, communautés, langues, croyances et savoir-faire se rencontrent et composent quelque chose de singulier.

Cette singularité cosmopolite n’affaiblit pas l’identité marocaine.

Elle en fait partie.

Je repense aussi à mon fils. Il avait demandé ce voyage pour voir de ses propres yeux les dunes et le désert du pays de son père. En traversant la région, j’ai vu son regard changer sur des choses aussi simples que l’eau.

Je ne sais pas ce qu’il en retiendra dans vingt ans.

Mais je sais pourquoi il est important de continuer à fouiller Sijilmassa.

Pas pour transformer le site en décor spectaculaire. Pas pour reconstruire une fausse médina ni pour courir après un trésor.

Pour comprendre.

Pour savoir ce que les hommes ont réussi à construire ici. Comment ils ont organisé l’eau, créé de la richesse, relié des mondes. Pour donner aux générations suivantes autre chose qu’un nom sur une carte.

Je reviens alors à Google Maps.

Même Ziz. Même palmeraie. Même Rissani. Même terre.

Mais les lignes ne disent plus la même chose.

Une route devient une circulation ancienne. Un ruban vert devient une infrastructure. Un morceau de mur devient une ville. Un nom devient une question.

Au début de cette recherche, je me demandais : où est passée Sijilmassa ?

Je crois que la question était mal posée.

Elle est toujours là.

Sous la terre, dans l’oasis, dans les routes, dans les monnaies dispersées très loin d’elle, dans quelques traces d’or au fond d’un moule de céramique — et surtout dans les questions que nous acceptons encore de lui poser.

Plus on la cherche, moins elle ressemble à une légende de « cité de l’or ».

Elle redevient ce qu’elle était.

Une ville.

Sources et références principales

  • Larbi Mezzine, « Sur l’étymologie du toponyme Sijilmasa », Hespéris-Tamuda, vol. 22, 1984, p. 19-25.
  • Centre de Recherche Berbère, notice bibliographique sur l’article de Larbi Mezzine.
  • Chloé Capel, Sijilmassa, porte du Sahara. Histoire et archéologie d’une ville oasienne médiévale du sud marocain, Presses universitaires de Rennes, 2025.
  • Chloé Capel, travaux sur Sijilmassa, le Tafilalt, l’hydraulique saharienne et l’or africain.
  • Chloé Capel et Abdallah Fili, La fondation de Sijilmassa, Hespéris-Tamuda, 2016.
  • Ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication / INSAP, résultats de la campagne archéologique 2024-2025.
  • Mission archéologique maroco-française, synthèse publique « Sijilmâsa ».
  • Walter B. Harris, Tafilet, 1895.
  • Radio Maarif, entretiens consacrés à l’histoire et aux fouilles de Sijilmassa.