Dans certaines maisons marocaines, il existait un objet qu’on ne touchait pas n’importe comment.
La télécommande.
Pas parce qu’elle était fragile au point de se casser en deux. Pas parce qu’elle valait une fortune. Mais parce qu’elle commandait la télévision, et que la télévision, pendant longtemps, c’était le centre du salon.
Alors on la protégeait.
Avec du plastique.
Un plastique transparent, parfois un sachet découpé, parfois un film bien serré, parfois même du scotch autour des boutons. Résultat : il fallait appuyer trois fois plus fort pour changer de chaîne, mais au moins, la télécommande restait “neuve”.
La peur de l’usure
Dans beaucoup de maisons, un objet neuf devait rester neuf le plus longtemps possible.
On gardait les plastiques sur les canapés. On couvrait les tables. On protégeait les tapis. On rangeait les beaux verres pour les invités. On gardait les serviettes “de sortie”. La télécommande sous plastique appartient à cette grande famille d’objets protégés contre la vie quotidienne.
C’était à la fois drôle et profondément logique.
Quand un objet coûtait cher, quand il était difficile à remplacer, quand il représentait un petit progrès domestique, on ne le laissait pas se salir comme ça.
On le respectait.
Une autorité dans la main
Celui qui tenait la télécommande avait du pouvoir.
Le père pendant le journal. L’enfant pendant les dessins animés. L’oncle pendant le match. La mère quand elle voulait baisser le son. Le grand frère qui connaissait les chaînes par cœur.
La télécommande n’était pas seulement un outil technique. Elle organisait les tensions du salon.
“Baisse.”
“Change pas.”
“Remets.”
“Attends, c’est mon émission.”
“Qui a pris la télécommande ?”
Cette petite boîte pouvait créer de grandes discussions.
Le plastique comme mémoire
Aujourd’hui, on peut trouver ça absurde.
Mais ce plastique disait beaucoup de choses : la valeur accordée aux objets, la peur du gaspillage, le respect de ce qu’on avait acheté difficilement, l’envie de préserver, de transmettre, de garder propre.
Ce n’était pas seulement une manie.
C’était une philosophie domestique : protéger ce qui sert à toute la maison.
Le regard BLED.LIFE
La télécommande sous plastique est un parfait objet BLED INSOLITE.
Elle fait sourire, mais elle raconte une culture.
Elle parle de l’économie familiale, du respect des objets, du salon comme espace collectif, de l’autorité domestique et de cette capacité marocaine à prolonger la vie des choses avec trois bouts de plastique et beaucoup de sérieux.
Au fond, ce n’était pas la télécommande qu’on protégeait.
C’était un petit morceau de confort familial.